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RIBATIYATES – Exposition 2014

Publié: 26 février 2014,dans Blog

Préface

Rabat, un accordéon des sens

Rabat est musique. D’abord musique. Elle l’est à tous les étages, comme l’eau et le gaz autrefois dans les pensions honnêtes. Musique de la verdure qui l’enveloppe comme un brouillard apaisant. Note de luth égrenée au hasard d’une nouba andalouse, au détour d’un derb* de médina.

Musique du bruit de l’eau dans ses fontaines et ses saqias**, ribambelle de sons caillouteux et multicolores. Comme si de multiples affluents adossés au vénérable Bouregreg s’évertuaient à creuser de nouveaux sillons, de nouvelles rias riches de promesses.

Musique enfin de ses intérieurs que seul peut dévoiler l’œil de l’artiste, chercheur d’or. Des alcôves aux salons et patios, Rabat la pudique se laisse entrevoir. Un peu. Le temps d’un festival, d’une rencontre.

Mais Rabat est aussi couleurs. D’abord couleurs. Qui excelle dans un jeu incessant et envoutant de cache-cache, à la frontière du visible et de l’indicible, où nos artistes peintres qui connaissent bien la ville, leur ville, traquent la magie du lieu, l’esprit qui habite l’espace représenté. Et partagent au bout de leurs pinceaux cet envoutement pour le patchwork d’une capitale, intrépide et pourtant ancestrale, Andalouse souvent mais par endroits Mérinide, ou Romaine, ou Phénicienne, Almohade et Alaouite bien sûr.

Alors on se plait à rêver de Rabat, l’improbable attache des flibustiers. Rabat, le point de départ des épopées andalouses. Rabat, la ville de la renaissance morisque, phénix espagnol niché à chaque détour de ruelle en médina, sous chaque porche et dans le moindre azulejo. Rabat est aussi ville de pouvoir, dans ses bâtisses néocoloniales enserrées dans ses murailles ocres. Rabat est enfin ville de liberté, et de luttes pour la liberté, quand elle déborde de ses mêmes remparts pour aller conquérir l’indépendance et l’avenir.

Mais peut-être que ce que révèlent, et avec quel talent et quelle sensibilité !, les tableaux de El Batoul BARGACH, Faouzia NSIRI, Ali BARGACH, M’Hamed JIRARI, Douja GHANNAM et  Nezha JAZOULI, est la clé pour comprendre Rabat : l’amalgame heureux de tous ces passés revendiqués, de tous les futurs qui remontent le fleuve à travers le grand projet du Bouregreg, comme ces aloses aujourd’hui disparues et qui reviendront peut-être un jour peupler l’embouchure. Bref, tout ce qui donne un sens à cette ville au présent, de la grandeur et la sophistication de son urbanisme à l’aristocratie de ses habitants, dans la diversité de leur origine et de leur condition.   

Mohamed OUZZAHRA

Psychologue et homme de lettres

*Derb : ruelle

**Saquia : fontaine